Une réponse adaptée et innovante à la consommation excessive d'alcool dans un territoire transfrontalier

* Sensibilisation et Action Transfrontalière pour une Réduction de la consommation de l’Alcool au Quotidien

Par le Professeur F. Paille – Nancy – France

En France et en Belgique, la consommation excessive d’alcool reste un fléau et une préoccupation majeure de santé publique. Les enquêtes de santé réalisées récemment révèlent des résultats mitigés. Si la consommation d’alcool a globalement tendance à baisser, les chiffres de consommation restent à des niveaux élevés,

aux alentours de 11,5 litres d’alcool pur par habitant et par an en Belgique comme en France, nettement supérieurs à la moyenne des pays de l’union européenne qui est un peu inférieure à 9 litres. Ainsi, ces 2 pays restent parmi les tous premiers pays consommateurs d’alcool.

Une réponse adaptée et innovante à la consommation excessive d'alcool dans un territoire transfrontalier

* Sensibilisation et Action Transfrontalière pour une Réduction de la consommation de l’Alcool au Quotidien

Par le Professeur F. Paille – Nancy – France [1]

En France et en Belgique, la consommation excessive d’alcool reste un fléau et une préoccupation majeure de santé publique. Les enquêtes de santé réalisées récemment révèlent des résultats mitigés. Si la consommation d’alcool a globalement tendance à baisser, les chiffres de consommation restent à des niveaux élevés,

aux alentours de 11,5 litres d’alcool pur par habitant et par an en Belgique comme en France, nettement supérieurs à la moyenne des pays de l’union européenne qui est un peu inférieure à 9 litres. Ainsi, ces 2 pays restent parmi les tous premiers pays consommateurs d’alcool.

En Belgique

En Belgique, près de 10 % des personnes déclarent boire une boisson alcoolisée tous les jours, 40 % en boivent au moins une fois par semaine, mais pas tous les jours. La moitié de la population boit donc régulièrement.

5,9 % des consommateurs consomment plus de 3 verres standard[2] par jour pour les hommes et 2 verres par jours pour les femmes.

Si l’on considère les repères les plus récents (pas plus de 10 verres par semaine), c’est 14 % de la population qui les dépasse et a donc une consommation à risque.

Concernant les épisodes d’alcoolisation importante (6 verres ou plus en une occasion), ils sont malheureusement stables dans le temps : c’est près de la moitié de la population qui en a fait l’expérience dont, pour une personne sur 5, au moins une fois par mois et pour 7,6 % au moins une fois par semaine.

Enfin, plus d’une personne sur 10 (12,6 %) rapporte avoir eu des problèmes liés à sa consommation au cours de sa vie, dont 7 % au cours de la dernière année.

En France

Comme en Belgique, la moitié de la population adulte âgée de 18 à 75 ans consomme de l’alcool régulièrement : 39 % au moins 1 fois par semaine (mais pas tous les jours), 10 % tous les jours (chez les adultes de plus de 50 ans)

Les hommes sont 3 fois plus consommateurs quotidiens que les femmes (15 % vs 5 %).

Les alcoolisations aiguës sont l’apanage des jeunes. S’agissant des alcoolisations ponctuelles importantes (API), qui consistent à boire au moins 5 verres en 1 seule occasion, 44,0 % des jeunes déclarent ce comportement au cours du dernier mois. 16,4 % déclarent en avoir eu au moins trois épisodes au cours du dernier mois et 2,7 % au moins 10 épisodes. Là encore, les hommes sont plus nombreux que les femmes. La différence augmente avec le nombre d’ivresses. Elles diminuent avec l’âge.

Chez les jeunes, on note une évolution vers des consommations irrégulières, massives (« binge drinking »), visant à obtenir des effets psychotropes importants et rapides ou encore une utilisation de l’alcool comme automédication en cas de troubles anxio-dépressifs. Les rapports drogues illicites / alcool deviennent flagrants, que les consommations soient simultanées ou séquentielles.

Au total, près de 10 % des adultes ont un usage problématique d’alcool, soit environ 4 millions de personnes (15 % des hommes, 5 % des femmes).

Environ un million de Français sont alcoolo-dépendants (2,5 à 3 % des adultes). La prédominance masculine est forte.

Les conséquences de la consommation excessive d’alcool sont massives

La mortalité due aux consommations excessives d’alcool est très lourde alors qu’elle est évitable

En Belgique

En Belgique, la consommation d’alcool est responsable de 5 % des décès.

En Wallonie, en 2013, la mortalité prématurée (avant 65 ans) est de 26 % chez les hommes et de 13 % chez les femmes, différence largement due à l’alcool et au tabac. Cette mortalité prématurée tend à diminuer, mais reste, comme en France, à un niveau élevé.

Elle est liée surtout aux cancers et aux maladies cardio-vasculaires. La consommation de substances psychoactives vient en 4e position chez les hommes (7,4 %) et en 5e position chez les femmes (5,4 %), en sachant que ces consommations sont aussi un important pourvoyeur de cancers et de pathologies cardio-vasculaires.

En France

La situation est superposable à celle de la Belgique. L’alcoolisation aiguë et chronique est responsable de 41.000 décès/an, directs ou indirects, soit 7 % de l’ensemble des décès.

C’est la 3e cause de mortalité après les maladies cardio-vasculaires et les cancers. Et surtout, l’alcool est la 2e cause de mortalité évitable après le tabac.

L’association, fréquente, de l’alcool et du tabac est responsable d’un décès sur 5. Cette mortalité diminue parallèlement à la diminution de la consommation mais reste à un niveau très élevé alors même qu’elle est évitable.

Les conséquences, qu’elles soient aiguës ou chroniques, sont nombreuses et graves

Complications aigües

L’alcool modifie les perceptions, la vigilance, les réflexes, le jugement et le comportement. Il augmente le risque d’accidents, notamment les plus graves (30 % des accidents mortels de la route lui sont attribuables).     

Complications chroniques

L’alcool intervient directement ou comme facteur aggravant dans près de 200 pathologies. Les cancers, notamment des voies aéro-digestives supérieures, constituent la 1ère cause de mortalité due à l’alcool suivis par les maladies cardio-vasculaires et les maladies digestives, essentiellement les maladies du foie. Les causes externes (accidents, suicides…) sont également importantes.

Il faut souligner qu’1 décès sur 2 est prématuré et survient avant 65 ans.

C’est dans la tranche d’âge 35-65 ans, celle des adultes en activité, que cette surmortalité est la plus élevée.

À âge égal, les hommes meurent 4 fois plus que les femmes de leur consommation d’alcool.

Mais il ne faut pas oublier :

Il faut prendre également en compte les blessures et handicaps. Enfin, dans les violences, crimes, délits, l’alcool a un rôle malheureusement majeur : il est impliqué dans 40 % des crimes et délits et dans 30 % des violences conjugales.

En France, le coût social de l’alcool, toutes dépenses confondues, a été estimé en 2015 à près de 120 milliards d’euros.

C’est pour toutes ces raisons que l’Organisation Mondiale de la Santé a lancé il y a quelques années son opération « boire moins, c’est mieux ».

Les deux pays ont émis des recommandations de consommation qui sont d’ailleurs très proches :

Quels sont les impacts du confinement ?

Le confinement s’est imposé à tous et constitue une expérience inédite. Il a rapidement fait poser la question de ses conséquences : l’anxiété qui en résulte, l’isolement, mais aussi l’apparition de nouveaux comportements, apéros Skype ou autres ou encore violences familiales

Des données commencent à être publiées sur l’évolution des comportements des Belges et des Français pendant cette période.

Bien sûr, il est trop tôt pour tirer des conclusions définitives, mais ces données apportent déjà des éléments de réflexion intéressants en ce qui concerne les consommations d’alcool et de tabac.

Cette augmentation a concerné surtout les moins de 50 ans, les personnes vivant dans les grandes villes, les parents d’enfants de 16 ans ou moins.

En termes de conséquences, en France, ont été signalés une augmentation des violences familiales, et chez les personnes présentant une consommation excessive, des re-consommations massives, l’utilisation de l’alcool comme automédication, des tentatives de suicide, des décompensations psychiatriques sans parler de certaines ruptures de soins du fait de la réduction d’activité des structures addictologiques.

Pour le tabac, les données sont un peu différentes : plus d’un quart des fumeurs a augmenté sa consommation contre 19 % qui l’ont diminuée.

Que ce soit pour l’alcool ou le tabac, les principales causes avancées pour expliquer les augmentations de consommation sont l’ennui, le manque d’activité, le stress et le plaisir.

Ces augmentations sont aussi corrélées au risque d’anxiété et de dépression, risque bien réel selon une enquête de l’agence Santé Publique France qui a montré une augmentation nette de l’anxiété dans la population au début du confinement. Elle était associée au fait d’être une femme, d’être parent d’enfant(s) de 16 ans ou moins, d’être dans une situation financière difficile, d’avoir un malade proche, mais aussi de percevoir le COVID-19 comme une maladie grave et de se sentir vulnérable face à lui.

En Belgique, 15 % des personnes qui ne consommaient pas de boissons alcoolisées avant le confinement ont commencé à en boire. A l’inverse, 15 % également ont arrêté.

L’enquête montre un accroissement de la consommation en particulier chez les jeunes, les personnes ayant de jeunes enfants à la maison et les personnes en chômage technique.

Les causes citées pour expliquer cette augmentation sont, comme en France, principalement l’ennui, la solitude ou au contraire la socialisation, la récompense après une journée difficile, la désorganisation des journées.

Une augmentation de la consommation de tabac a aussi été observée, surtout chez les jeunes, les personnes isolées, au chômage technique ou ayant un faible niveau d’éducation.

Toutes ces études soulignent combien il est important, pendant l’épidémie de COVID-19, de rester attentifs à sa santé, de maintenir une bonne hygiène de vie et de se soigner.

Le déconfinement vient de débuter. Il est trop tôt pour voir s ‘il modifie encore les comportements de nos concitoyens.

POURQUOI UNE ACTION TRANSFRONTALIÈRE ?

Le projet concerne pour la Belgique, les provinces de Namur, du Luxembourg et du Hainaut et pour la France, le département des Ardennes ainsi Avesnes-sur-Helpe (département du Nord), Vervins (département de l’Aisne) et Reims (département de la Marne).

Une action transfrontalière se justifie d’abord parce qu’une part importante de la population active est constituée de travailleurs frontaliers qui sont moins susceptibles de bénéficier des messages de prévention et des prises en charge organisées au niveau national du fait de leur statut et habitudes transfrontalières. Ensuite parce que la communication et la coordination de la prévention et des soins transfrontaliers, notamment sur le thème des addictions sont insuffisantes.

UNE RÉPONSE : LE PROJET SATRAQ

Tous les points développés plus haut montrent bien l’intérêt d’aider les populations belges et françaises à diminuer leurs consommations de boissons alcoolisées.

C’est l’objectif de ce projet transfrontalier, interrégional, le projet SATRAQ qui va se mettre en place pendant 3 ans, jusqu’en 2022.

Porté par le Centre d’Éducation du Patient, mais rassemblant différents partenaires belges et français directement concernés, institutionnels et acteurs de la prévention et des soins, son objectif prioritaire est de sensibiliser la population sur sa consommation d’alcool, de l’informer sur les possibilités d’accompagnement en cas de consommation excessive ainsi que de renforcer et de pérenniser la mise en réseau et l’offre de services transfrontaliers à la population.

Ce projet s’adresse à tous les publics, aux entreprises, aux collectivités locales (communes, mairies, provinces, départements), aux professionnels des champs sanitaire et social, aux politiques… Seront ainsi proposés à travers différents modules et activités :


[1] Le Professeur  François Paille (F) est Professeur de Thérapeutique-Addictologie à la Faculté de médecine Nancy. Il est Addictologue - Président du réseau LORADDICT (Réseau Lorrain d'addictologie).

[2]  Le verre standard ou unité standard d’alcool contient 10 grammes d’alcool pur. La taille des verres étant inversement proportionnelle à la concentration en alcool de la boisson, la quantité d’alcool est à peu près la même dans 1 canette de bière de 25 cl à 5 vol. %, 1 verre de vin de 10 cl à 12 vol.  %, 1 verre d’apéritif de 5 cl à 25 vol % ou encore 1 verre d’alcool fort (35 vol %) de 3,5 cl.